Ecosystème audiovisuel français

Irréformable, l’écosystème audiovisuel français ? C’est en tout cas l’opinion d’Olivier Bomsel, directeur de la chaire d’économie des médias de Mines ParisTech, intervenu dans une interview filmée pour le colloque organisé au Sénat cette semaine sur le thème  “Comment reenchanter l’audiovisuel public a l’heure du numerique”

Jugeant l’écosystème audiovisuel français « très affaibli », l’économiste a dressé un portrait de l’industrie sans concession et a plaidé pour un rééquilibrage autour des plateformes OTT.

Le cœur du problème, estime Olivier Bomsel, est que le secteur audiovisuel français s’est bâti dans les années 1980 sur un paradigme qui a complètement changé aujourd’hui :

« Cela remonte à la mise en place des concessions hertziennes, avec le lancement de Canal+, qui acte le principe de concéder à des opérateurs privés des licences d’émettre sur des fréquences hertziennes en échange d’obligations de financement [de la production, NDLR]»

Un système qui organisait un partage de la valeur entre d’un côté les chaînes de télévision à qui on octroyait le droit d’émettre sur une fréquence hertzienne, et de l’autre des producteurs qui faisaient financer leurs programmes par ces chaînes tout en restant propriétaires de leurs droits d’exploitation.

« Le régime était largement fondé sur le fait que le spectre hertzien donnait accès de manière exclusive aux ménages consommateurs de télévision », explique Olivier Bomsel. « Il n’y avait pas d’alternative à la télévision pour entrer dans les foyers avec des images. C’est cette situation, et les modalités dans lesquelles les concessions ont été octroyées aux chaînes de télévision, qui dans la conjoncture actuelle est en crise aiguë. »

Et cette crise, quelles en sont les racines ? Tout simplement la montée de la concurrence de nouveaux canaux de diffusion, et donc la perte du monopole de la télévision dans la consommation audiovisuelle des publics. Aujourd’hui, les chaînes de télévision font face à une irrémédiable perte de valeur de leurs actifs (les concessions de fréquences), tandis qu’en parallèle la valeur des droits des contenus augmente… mais reste entre les mains des producteurs.

C’est là que le bât blesse : impossible, selon Olivier Bomsel, de « rapatrier une partie des droits vers les chaînes de télévision pour compenser la dévaluation des actifs »: les producteurs n’accepteront jamais de revenir sur le statu quo. D’autant que la concurrence des grandes plateformes américaines a entraîné une crispation des acteurs de l’industrie qui cherchent à tout prix à protéger leurs pré-carrés.

La seule solution, pour l’économiste, sera de redéployer un nouveau système autour des plateformes OTT, qui proposera un nouveau partage de la valeur entre producteurs et diffuseurs. Un rééquilibrage compliqué, mais nécessaire, qui pourrait jeter les bases d’une nouvelle ère pour l’audiovisuel français ?

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