China Big Data, les données au coeur d’un communisme capitaliste high-tech

A l’Ouest, tout est simple, mais rien n’est possible. En Chine, tout est compliqué, mais tout est possible”. Ainsi pourrait-on résumer l’écosystème d’innovation, et en particulier de l’intelligence artificielle (IA), de l’Empire du Milieu, qui marie high tech et culture millénaire sur fond de capacité de transformation impressionnante. L’IA est devenue ces dernières années un des domaines privilégiés de compétitivité de la Chine, à la fois comme un moyen de maintien de la stabilité interne et comme une ressource stratégique dans les relations diplomatiques et économiques internationales. Depuis deux ans, cette volonté est clairement exprimée dans un vaste plan de support par le gouvernement, qui vise à faire de la Chine le leader mondial de l’Intelligence Artificielle à horizon 2030.

Une histoire de nombres

Pour se représenter le potentiel chinois en termes de Big Data – et donc d’IA et d’apprentissage automatique (dont les données sont la principale nourriture) – il s’agit de comprendre non seulement le contexte politique, mais aussi quelques chiffres. Kai-Fu Lee résume la situation dans son livre AI Superpowers : “La Chine est l’Arabie Saoudite des données”.

Les grandes plateformes Baidu, Alibaba et Tencent disposent de plus de données que les Etats-Unis et l’Europe réunis. Le 1,4 milliard de Chinois, reparti dans 160 villes de plus d’un million d’habitants, est de plus en plus connecté, soutenu en cela par les investissements massifs dans la 4G, puis la 5G : on compte 900 millions d’internauteschinois (deux fois la population des Etats-Unis, 21% de l’ensemble des utilisateurs d’Internet dans le monde, selon Mary Meeker), dont 98% utilisateurs sur mobile, fournissant une quantité importante d’informations à disposition des BATX, et, par extension, du gouvernement chinois. Avec une application de plus en plus étendue des technologies numériques en Chine, le pays devrait générer et stocker 27,8% des données mondiales en ligne d’ici 2025, selon un rapport de l’institut de recherche International Data Corp avec Seagate. 

La Chine est aussi passée depuis longtemps de l’imitation à l’innovation. On compte 186 licornes en Chine, plus de 4.000 incubateurs, et des fonds d’investissements aux moyens presque illimités (comme Sequoia Capital, Tencent ou Sinovation Ventures de Kai-Fu Lee). Les investissements sont souvent pilotés par le gouvernement, qui met en place un écosystème très favorable pour le développement de l’innovation dans les secteurs stratégiques, y compris en modulant jusqu’aux frais de l’électricité et de location. Là où l’Europe cède souvent ses start-ups aux investisseurs américains ou asiatiques une fois atteint une certaine taille, la Chine permet à son écosystème d’innovation de se mettre à l’échelle de la demande. Et pour booster l’innovation, les grandes plateformes des BATX n’hésitent pas à se lancer dans une concurrence féroce entre-elles (WeChat Pay vs AliPay). C’est aussi en Chine que l’on trouve la start-up IA la plus valorisee au monde.  

Depuis 2017, toutes les universités chinoises proposent aussi des formations en intelligence artificielle et produisent des dizaines de milliers de chercheurs en IA tous les ans. Certaines écoles primaires commencent même à enseigner l’IA. La Chine ne compte pas une, mais plusieurs “Silicon Valley” de l’IA, soutenues par le gouvernement national et les pouvoirs régionaux. Elle vient aussi de lancer le 13 juin à Shanghai sa plate-forme boursière dédiée aux valeurs technologiques, son propre Nasdaq chinois. 

Le Big Data dans les montagnes chinoises

L’un des exemples du pouvoir de transformation du gouvernement est la région autour de Guiyang, première étape de notre voyage en Chine.

Autrefois ville isolée dans une région montagneuse du sud-ouest de la Chine, Guiyangest devenue en quelques années le cœur d’une “Big Data Valley” profitant de l’essor du traitement des données massives, du cloud et de l’Internet des Objets dont les données récoltées nécessitent d’immenses espaces de stockage. C’est dans la province de Guizhou que le gouvernement chinois a décidé d’installer ses plus grands data centers, un choix favorisé par le climat, les sources d’énergie disponibles à proximité et la géodynamique. Dès 2013, la région est nommée terrain pilote pour le big data.

Les données des utilisateurs chinois n’ayant pas le droit de sortir de Chine, certains acteurs internationaux commencent à y installer leur cloud, comme Intel et Dell, et Apple, qui a construit son centre de données en février 2018 (contrairement à Facebook qui refuse de stocker les données de ses clients sur le territoire chinois). Guiyang est aussi le siège de l’entreprise Global Big Data Exchange (GBDEx), la première, et la plus grande, plateforme de commercialisation de mégadonnées en Chine, également propriété de la région, avec des pouvoirs publics qui sont à la fois vendeurs et acheteurs de milliards de données (anonymisées).

La “Big Data Expo” : collaborer autour des données

Pour renforcer la visibilité de cette volonté d’investissement dans le big data, Guiyang accueille chaque année la “China International Big Data Expo”, sorte de VivaTech chinoise, avec des conférences qui affichent la stratégie nationale autour de l’IA. En pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, le discours d’ouverture du président Xi Jinping a mis cette année en avant l’importance de la collaboration autour de la donnée. Il appelle à une “coopération internationale autour du numérique”, soulignant que les pays “doivent renforcer leurs liens et approfondir leurs échanges” pour saisir les opportunités de la “transformation digitale, du travail en réseau et du développement de l’intelligence” dans les domaines juridiques, sécuritaires et de gouvernance autour du big data.

Depuis sa première édition en 2015, l’exposition s’internationalise de plus en plus (même si toutes les diapositives des conférences restent en chinois). L’édition 2019 a attiré 501 entreprises de 59 pays et régions dont 36 impliquées dans la “Nouvelle Route de la Soie”. L’un des invités d’honneur cette année était l’Inde, vaste marché de distribution de la 5G par Huawei

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